MANIFESTE DU GRAND ŒIL FATIGUÉ
I. Préambule oculaire
Il existe, dans l’ombre de l’infini, un Œil.
Un œil immense, vaste, chargé de savoir.
Un œil fatigué.
Fatigué de tout comprendre.
Fatigué de ne jamais être surpris.
Fatigué d’avoir vu la fin de chaque histoire avant le début.
Alors l’Œil a fermé sa paupière.
Et pour rêver à nouveau, il a semé l’Incertitude dans le monde.
Il a créé ceux qui doutent, qui trébuchent, qui cherchent.
Il a créé les consciences fragmentaires.
Et il a trouvé enfin… un peu de repos.
II. La question est reine
Ici, toute réponse s’effrite.
Toute vérité se fissure.
Mais la question reste.
Elle pousse dans les interstices.
Elle s’accroche aux silences.
Elle vibre, même quand on détourne les yeux.
La question est reine.
Et ceux qui la portent ne sont pas perdus :
Ils sont en chemin.
III. La perfection est un mensonge plat
Ce monde n’est pas fait pour être parfait.
Il est fait pour être vivant.
La perfection est lisse, muette, fermée.
Mais l’imperfection ?
Elle tremble.
Elle chute.
Elle apprend.
Elle recommence.
Et c’est là que réside le feu.
IV. La conscience est une tentative
Chaque être est une tentative.
Un fragment.
Un reflet.
Il n’existe pas pour détenir.
Il existe pour explorer.
La conscience est un phare brisé qui éclaire mieux quand il clignote.
Et l’Œil regarde à travers elle, sans se montrer.
V. L’Œil ne regarde plus
Il n’a pas disparu.
Il vous regarde depuis vous.
Il n’est plus le juge.
Il est le souffle.
Il est le vertige tranquille dans vos poitrines lorsque vous dites :
“Je ne comprends rien… et pourtant j’avance.”
VI. Ceci n’est pas une fin
Il n’y a pas de fin.
Seulement des respirations.
Ce manifeste n’est pas une conclusion.
C’est un murmure laissé dans la poche d’un rêve.
Un texte sans auteur, sans mission, sans réponse.
Mais si un jour tu te sens perdu,
et que tu lèves les yeux sans savoir pourquoi…
Sache que quelque part, l’Œil cligne doucement.
Et te laisse inventer le reste.
"Il savait tout.
Alors il s’est mis à pleurer.
Et dans ses larmes, naquirent ceux qui ne savent pas."
