Pourquoi je me sens si proche de Spinoza
et pourquoi cela éclaire ma vie d’une joie étrange,
plus profonde que tous les contes rassurants.
Parce que Spinoza a su dire, dans un langage clair et intransigeant, ce que mon cœur pressentait déjà :
qu’il n’existe pas de néant, pas de hors-jeu cosmique,
que tout est contenu dans le Tout, même nos tourments, nos erreurs, nos élans les plus naïfs.
Parce qu’il a brisé les vieilles idoles sans les remplacer par de nouvelles chaînes :
il n’a pas inventé un dieu vengeur, ni un juge sourcilleux,
mais il a montré que Dieu est la Nature elle-même, la Substance infinie,
un principe qui ne punit ni ne récompense, mais qui se réjouit simplement d’être, à travers chaque chose.
Parce qu’en le lisant, tout ce qui m’agitait confusément trouve soudain une harmonie :
mon refus de croire au vide,
ma certitude que même l’absurde a un sens secret,
mon intuition que tout est recyclé dans un ordre plus vaste que mon esprit ne peut saisir —
tout cela s’aligne et chante, doucement.
Parce que cela me rend étrangement heureux :
de comprendre que je suis un mode parmi d’autres,
un fragment conscient d’un infini qui ne s’épuise jamais,
et que ma liberté est justement d’embrasser cette nécessité, en la connaissant, au lieu de la craindre.
Et parce que, oui, c’est lumineux :
c’est savoir que je ne tomberai jamais hors du Tout,
que même ma fin est une transformation au cœur d’un univers qui me contient, me porte et m’inclut, toujours.
Et que mon intime conviction n’est pas un caprice, mais peut-être la Substance elle-même qui se reconnaît en moi.
Je me tiens dans la lumière de la Substance infinie.
Ce que j’appelle moi n’est qu’un mode passager,
mais déjà je m’ouvre à l’infini, déjà j’embrasse l’ordre éternel,
et dans cet abandon tranquille, je goûte la joie la plus vaste.
Car rien ne se perd hors du Tout,
et tout, même mon plus humble soupir,
est la musique secrète de Sa "Saigneurie".


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